Périodes de propagation

5 époques principales

Les cartes de propagation présentées distinguent 5 grandes époques :

  • Orange : Préhistoire et début de l’Antiquité, jusqu’à -500 av JC
  • Rose : Antiquité classique, au sens européen du terme, de -500 av JC jusqu’à 500
  • Vert : Moyen-Âge, de 500 à 1492
  • Bleu : Renaissance et Epoque moderne, de 1492 à 1770
  • Jaune : Epoque contemporaine, de 1760 à nos jours

Pour chacune de ces 5 époques, seuls quelques vecteurs principaux sont à prendre en considération pour comprendre les mécanismes de propagation. Bien entendu ces vecteurs sont d’autant plus documentés qu’ils sont récents.

 

intercal_orange PREHISTOIRE ET DEBUT DE l’ANTIQUITE

 

Les migrations d’homo sapiens depuis le continent africain sont un premier vecteur de propagation. Ce sont sans doute ces migrations, le long de la vallée du grand rift et de la vallée du Nil, qui ont permis l’expansion du melon et de la pastèque au Moyen-Orient voire en Asie Centrale (de -100000 à -60000). Plus tard, de -60000 à -30000, il est possible que ces migrations préhistoriques aient favorisé la propagation de la pomme et de la poire, notamment en Europe.

Cependant les choses sérieuses ont commencé entre -6000 et -3000 avec les premiers succès dans le domaine de la domestication des arbres fruitiers :

  • Au Moyen-Orient et au Proche-Orient avec les premières preuves de culture de fruits : datte, olive, raisin, figue et grenade
  • En Asie centrale : pomme, coing, poire, amande, abricot, cerise
  • Et enfin dans l’Est asiatique : pêche, agrumes, banane

De -1000 à -500 s’annonce dans l’est du bassin méditerranéen une période d’échanges commerciaux avec les premières communications entre la Méditerranée et l’Asie.

 

intercal_pink ANTIQUITE CLASSIQUE

 

L’Antiquité est la première époque-clé de propagation des fruits. A la création des premières routes commerciales s’ajoute une phase d’intensification via les conquêtes d’Alexandre le Grand.

L’émergence d’échanges commerciaux importants crée de véritables interconnexions, principalement terrestres, entre la Chine, l’Inde, l’Asie Centrale, la Perse et le bassin Méditerranéen. Émergeant au début du 1er millénaire avant JC, la route de la soie, vaste réseau de routes commerciales, a permis notamment la propagation des agrumes, de la pêche, des abricots ou encore de la grenade.

Les échanges commerciaux dans le bassin méditerranéen ont largement favorisé l’expansion de fruits arrivés à ses portes : raisin, figue et cerise principalement.

Autre vecteur majeur de la propagation au cours de cette période fut la deuxième période des migrations austronésiennes, entre 300 et 500, totalement corrélée avec l’introduction de la banane et de la noix de coco depuis l’Indonésie vers Madagascar, et depuis la Mélanésie vers la Polynésie, puis Hawaï, voire jusqu’en Amérique du Sud.

 

intercal_green MOYEN ÂGE

 

Les principaux acteurs de cette période furent les Arabes, et ce via 2 vecteurs :

  • D’une part leur conquête rapide au VIIe et VIIIe siècles du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et de la péninsule ibérique, qui s’est accompagnée de l’introduction dans la partie sud du bassin méditerranéen des agrumes, de la pastèque ou encore de l’abricot ;
  • D’autre part l’intensification de leurs échanges maritimes dans l’Océan Indien, qui ont permis la propagation de la mangue, de la banane, de la noix de coco ou encore du ramboutan, depuis l’Inde et l’Asie du Sud-Est vers la péninsule arabique et/ou les comptoirs swahili de Mogadiscio jusqu’à Zanzibar.

 

intercal_blue RENAISSANCE ET EPOQUE MODERNE

 

La deuxième époque-clé est marquée par les progrès effectués par les Portugais dans le domaine de l’exploration maritime, qui donneront lieu à la première route reliant l’Europe à l’Inde et à l’Asie du sud-est, et bien entendu à la découverte des Amériques.

Cette période est une page essentielle de l’expansion des fruits à travers le monde.

Les navigateurs et commerçants portugais et espagnols, via l’Atlantique, l’Océan Indien mais aussi le Pacifique, ont propagé la plupart des fruits tropicaux entre le Sud-Est asiatique, l’Afrique, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud, avec un essor tout particulier du à la colonisation du Nouveau Monde.

  • depuis l’Europe ou l’Afrique vers les Amériques : agrumes (orange douce, citron, citron vert), abricot, banane, figue, grenade, melon, pastèque, pêche. Les colons anglais et français ont introduit depuis l’Europe  la cerise, la poire, la pomme, la prune, le coing, la figue et le raisin en Amérique du Nord, imités par les colons espagnols en Amérique Centrale et en Amérique du Sud (en Argentine en premier lieu), sans oublier les colons néerlandais en Afrique du Sud.
  • depuis l’Europe vers l’Asie du Sud-Est : figue
  • depuis les Amériques vers l’Europe : figue de barbarie
  • depuis les Amériques vers l’Asie du Sud-Est : ananas, avocat, goyave, papaye, sapotille
  • depuis l’Asie du Sud-Est vers l’Europe : orange douce
  • depuis l’Asie du Sud-Est vers les Amériques : mangue, fruit-à-pain, noix de coco, tamarin

 

 

intercal_yellow EPOQUE CONTEMPORAINE

 

Cette période vient compléter la précédente via plusieurs vecteurs :

  • La continuité du processus de colonisation, en Australie et Californie principalement
  • Une seconde vague de propagation de fruits tropicaux entre les continents asiatique, américain et africain, concernant des fruits de plus faible consommation : litchi, fruit de la passion, kiwi en tête.
  • Et à partir de la deuxième partie du XIXe siècle, la mise en œuvre de politiques de production à grande échelle : bananes, ananas pour ne citer que les deux principaux fruits concernés.

Le XXe siècle a ainsi vu émerger la domestication et la propagation de fruits comme la myrtille, la mûre, ou le plus spectaculaire d’entre eux en terme de croissance en volume, le kiwi.
Certains fruits sont toujours non domestiqués, comme le pitaya ou le durian. Alors que pour d’autres les difficultés à les cultiver rendent leur commercialisation relativement faible, comme le fruit de la passion ou la sapotille.

 

 

Evolution des principales routes commerciales et de migration depuis l’antiquité classique

Même si leur intensité s’est modifiée au fil du temps, notamment avec l’augmentation du commerce maritime dans l’Océan Indien au détriment de la route terrestre de la Soie, les routes commerciales sont restées peu ou prou les mêmes depuis l’antiquité classique. Il a fallu les explorations portugaises et espagnoles pour en créer de nouvelles à partir de la fin du XVe siècle.

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